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Deux siècles après la Conquête de 1760, l’anglais demeure la langue des affaires, du travail et de l’intégration sociale. La langue française quant à elle n’est plus considérée comme la « gardienne de la foi » des Canadiens français. Elle est plutôt devenue le symbole de l’identité des Québécois, qui cherchent à s’affirmer dans tous les domaines et revendiquent pour leur langue un statut spécial – ce à quoi s’opposent anglophones et allophones. À Saint-Léonard, la communauté d’origine italienne forme 40 % de la population et envoie majoritairement ses enfants à l’école anglaise, comme le font d’ailleurs 90 % des néo-Québécois. Craignant l’anglicisation, les francophones forment la Ligue pour l’intégration scolaire (LIS) et obtiennent, le 27 juin 1968, que la commission scolaire fasse du français la seule langue d’enseignement. Ouverture d’écoles anglaises clandestines par les uns, occupation d’une école française par les autres, manifestations et contre-manifestations – l’affaire prend une importance nationale et à l’automne, le gouvernement unioniste de Jean-Jacques Bertrand dépose un projet de loi qui ne satisfait personne et sera retiré au printemps. Le 28 mars 1969, 10 000 étudiants manifestent pour revendiquer la francisation de l’Université McGill. Le 7 juillet, la Chambre des communes vote la Loi sur les langues officielles. Le 3 septembre, la bagarre éclate à Saint-Léonard pendant une réunion de la LIS. Une semaine plus tard, bravant une interdiction de manifester, les deux communautés se font face dans la rue : la Loi de l’émeute est proclamée et 500 policiers interviennent. Le 23 octobre, le gouvernement dépose le « bill 63 », qui veut promouvoir la langue française tout en confirmant le libre choix des parents de la langue d’enseignement de leur enfant, ce qui ne fait qu’envenimer le débat. Les manifestations se succèdent et culminent le 31 octobre, quand une foule immense se presse devant l’Assemblée nationale. Le 20 novembre 1969, la Loi pour promouvoir l’enseignement de la langue française au Québec est votée à 67 voix contre 5 et 2 abstentions. Mais rien n’est réglé pour autant. Le 29 avril 1970, les libéraux de Robert Bourassa sont portés au pouvoir. Devant la persistance des débats sur la langue, le gouvernement fait voter, en 1974, le « bill 22 », Loi sur la langue officielle qui est abrogée trois ans plus tard par l’adoption de la Charte de la langue française (Loi 101). |