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Les insolences du frère Untel – ce petit livre de 150 pages est non seulement l’un des premiers succès de librairie québécois, mais l’un des textes fondamentaux de la Révolution tranquille. Son retentissement a été considérable, son influence énorme, notamment sur la réforme de l’éducation. Le 21 octobre 1959, André Laurendeau dénonce dans Le Devoir la pauvre qualité du français des écoliers canadiens-français, qui pratiquent ce qu’il appelle le « parler joual ». Quelques jours plus tard, il reçoit une lettre d’un jeune enseignant de Chicoutimi qui exprime son désarroi devant la pauvreté culturelle qui transparaît dans la langue commune. « Je trouve désespérant d’enseigner le français », écrit-il. Dans l’esprit de son auteur, le frère mariste Pierre-Jérôme (Jean-Paul Desbiens), c’était une lettre personnelle, mais Laurendeau lui propose de la publier sous le pseudonyme de frère Untel. La lettre paraît le 3 novembre; onze autres suivront jusqu’en juin, dans lesquelles il prêche la liberté, la culture et l’excellence. Elles ont un grand retentissement, mais c’est une véritable bombe médiatique qui éclate le 6 septembre 1960 quand les Éditions de l’Homme les publient sous le titre Les insolences du frère Untel. On en écoule 100 000 exemplaires en quatre mois. Du jamais vu au Québec. L’audace du frère enseignant (il avait publié sans permission) lui vaudra trois ans d’exil en Europe, mais il déclenche un très vaste débat qui se terminera par la réforme de l’éducation, dite la grande réforme. Paul Gérin-Lajoie dira plus tard que ce livre « enterrait le département de l'Instruction publique contrôlé par le clergé et remettait en cause tout le système scolaire de l'époque ». |
Extrait« Nos élèves parlent joual, écrivent joual et ne veulent pas parler ni écrire autrement. Le joual est leur langue. |